Le légendaire Messager boiteux conquiert la Suisse
«La Fête des Vignerons doit garder son double caractère de fête du travail et de spectacle de haute valeur artistique […], comme ses devancières elle doit laisser, aux spectateurs comme aux figurants, un souvenir de lumineuse beauté et de communion de tout le peuple.» Manual 9, 31.7.1952
La Fête que l’Abbé Gétaz avait rêvée dès 1944 et qu’il voyait comme l’émanation même de l’art populaire vaudois, se révélera être la Fête la plus cosmopolite jamais organisée à Vevey.
La Deuxième Guerre mondiale avait-elle réussi à faire oublier aux Suisses, et aux Veveysans surtout, ce qu’était la Fête des Vignerons ? Le danger était réel. En deux décennies, marquées par une profonde crise économique et une guerre, le monde avait changé. Au milieu des années cinquante, les gens s’étaient accoutumés à avoir des loisirs et à pouvoir choisir parmi de nombreux spectacles. Radio, cinéma et même télévision faisaient dorénavant partie du quotidien. Dans ce nouveau contexte, la Fête des Vignerons trouverait-elle encore sa place ? Les Conseillers hésitaient, mais tentaient de se persuader que le gigantesque effort financier demandé par l’organisation d’une nouvelle Fête en vaudrait la peine.
Il était cependant impossible de n’y intéresser que la Suisse romande. Il fallait attirer les Alémaniques et les étrangers à Vevey. La stratégie fut double : une propagande extérieure importante d’une part et le choix d’artistes internationaux d’autre part. Aux deux Vaudois Carlo Hemmerling et Géo-H. Blanc, garants de l’authenticité romande de la manifestation, l’on adjoint le Français Maurice Lehmann, administrateur de la Réunion des Théâtres lyriques nationaux de Paris, pour la direction artistique, et le Zurichois Oscar Eberlé pour la mise en scène. On fait appel à la Garde Républicaine de Paris, à trois danseurs étoiles de l’Opéra de Paris, à des chanteurs professionnels… Jamais la Fête des Vignerons n’avait été aussi ouvertement tournée vers l’extérieur : on tente «… de faire de la fête vaudoise un spectacle de portée internationale » (Oscar Eberlé). Elle fut éblouissante, «professionnelle», d’une haute tenue artistique, mais d’aucuns regrettèrent la perte d’une certaine authenticité vaudoise face à cette présence massive d’aides étrangères.
Dans ce contexte, l’apport du Messager boiteux est des plus significatifs. Dans un monde où les valeurs traditionnelles se voient bouleversées, Samuel Burnand, qui redonna véritablement corps au légendaire messager veveysan en troquant sa prothèse contre un pilon en bois, symbolise à lui seul l’attachement de la cité à sa tradition festive. Héraut de la Fête, il porta la bonne nouvelle de la proclamation jusqu’à Berne où il était chargé d’inviter les autorités fédérales. Il revint de Berne à Vevey à pied dans un parcours triomphal.
Après des débuts hésitants, les arènes n’étant pas entièrement pleines, la Fête des Vignerons connut un succès spectaculaire. L’on se pressa à Vevey des quatre coins de la Suisse… et du monde. Des représentations supplémentaires durent être organisées afin de répondre à l’enthousiasme des spectateurs. En 1955, les nouvelles techniques d’éclairage permirent d’organiser pour la première fois des représentations nocturnes
Film 1955 : Confrérie des Vignerons
Douze Fêtes des Vignerons se sont succédé sur la place du Marché de Vevey.