Le repli esthétique
Le souvenir lumineux qu’avait laissé dans les coeurs la Fête des Vignerons de 1905 décuple les attentes de chacun en 1927.
La Confrérie des Vignerons n’ose pas prendre de risques artistiques importants et cherche à reconduire l’équipe de 1905, soit Gustave Doret pour la musique et René Morax pour le livret. Ce dernier décline l’offre, alors que Doret se laisse séduire par ce nouveau défi tout comme Ernest Biéler qui avait collaboré avec Jean Morax aux décors et costumes de 1905.
Le monde de la viticulture a changé depuis les deux dernières éditions de la Fête : de nombreux vignerons ont abandonné leurs parchets pour chercher dans les usines nouvellement créées à Vevey un gagnepain plus assuré et régulier. Beaucoup de parcelles, jadis vouées à la viticulture, sont cédées au développement urbain. Les choix artistiques de cette Fête sont plus traditionnels : on ressent le besoin de se raccrocher à des valeurs sûres. On glorifie la terre, la patrie, le travail traditionnel des paysans et des vignerons, on mélange les genres vestimentaires qui ont déjà fait leurs preuves lors des éditions précédentes. Les décors ne font plus appel à l’Antiquité gréco-romaine, mais à notre propre passé: une muraille et son chemin de ronde médiévaux s’inspirant des donjons et des enceintes des châteaux de Romont, de Lucens, d’Estavayer et de Gruyères servent de décor et d’entrée aux divinités et aux figurants. Dans un contexte économique difficile, alors que les valeurs traditionnelles étaient appelées à disparaître ou à s’adapter à des conditions nouvelles, la Fête des Vignerons représente un lieu de mémoire et d’identité où chacun tente, en puisant aux sources d’un passé commun, de retrouver un espoir en des temps meilleurs.
«Je chante et souvent mon coeur me fait peine. J’aurai mes quinze ans l’automne prochaine. Je chante tout seul dans les éboulis, pour rien pour personne, tout l’après-midi. Hodiriadou.
C’est au petit jour que je m’achemine au pied de la tour, ma chèvre est maligne. On entend sonner, dans tout’la montagne mon troupeau léger, mon chien m’accompagne. Hodiriadou.
Le rhododendron, la belle gentiane, quand nous reviendrons ce sera pour Jeanne ! J’y pense à midi, quand tout est tranquille, j’ai bien du souci, elle est à la ville. Hodiriadou». Livret officiel, Fête des Vignerons 1927, Vevey, 1927
Film 1927 : Confrérie des Vignerons, Cinémathèque suisse
Douze Fêtes des Vignerons se sont succédé sur la place du Marché de Vevey.